René Gontran Ranson


René Gontran Ranson

René Gontran Ranson, né le 4 juillet 1891 à Paris et décédé le 23 juin 1977 à Paris, est un dessinateur, costumier, illustrateur et artiste peintre français.

Sommaire

Biographie

L’héritage familial

René Gontran Ranson est issu d’un milieu familial modeste. Son père, Constantin Ranson (1863-1954)[1] et sa mère, Marie Dumeige (1863-1935) ont quitté Péronne (Somme) pour venir s’installer à Paris en 1890 suite à la perte de leur premier enfant Léo Gontran décédé à l’âge de deux ans d'une méningite.

Constantin Ranson exerce simultanément au moins deux activités professionnelles : typographe et fabricant réparateur de bicyclettes et d’accessoires pour les cycles. Il a aussi été chauffeur de taxi, ou plus exactement "conducteur de voiture de place à moteur à pétrole". Son passage devant la commission d’examen parisienne, qui lui a délivré un certificat d’aptitude, date du 6 septembre 1916. Au dos d'une photo d'époque issue des archives familiales, on trouve même la légende suivante : "Mon père en 1887, secrétaire d'Henri Rochefort"[2].

Il cherche à profiter de l’engouement pour le vélocipède qui caractérise la Belle Epoque en exerçant une activité de fabricant réparateur de cycles dans sa boutique avec pignon sur rue au 10 rue Lecuyer Paris XVIIIè[3].

Il y crée par exemple :

  • le "régleur Ranson", régleur pour moyeux (pièce centrale de la roue) qui s’adapte sur les cônes et empêche le déréglage des roues. Ce régleur a obtenu un vif succès à l’exposition du cycle de 1901
  • le "paragutt" qui sert à réparer les enveloppes éraflées
  • le "bouche-trou", composition inaltérable pour réparer instantanément les crevasses, déchirures, trous et éraflures des enveloppes de cycles, tuyaux d’arrosage, etc…
  • la "pygmée-simplett", clef pour régler facilement les cônes des moyeux de bicyclette, de motocyclette, de triporteur et de "tricycle à pétrole"
  • le "picard", frein pour cycles à serrage latéral

Tous ces articles sont des modèles déposés.

Les affaires semblent relativement prospères car il fait l’acquisition, au début des années 1930, d’une maison dans le petit village des Layes (Yvelines) auquel on accède par un train qui ne s’arrête qu’aux Essarts-le-Roi, la gare la plus proche. Reste ensuite 5 km à parcourir à pied.

Son épouse travaille comme repasseuse dans une petite entreprise.

René Ranson, leur second fils, est un enfant de la Butte Montmartre, né en 1891 rue de Clignancourt Paris XVIIIè ; cette rue est comme la ceinture de Montmartre et commande toutes les issues du vieux quartier. Il y passe toute son enfance et rencontre sur les bancs de l’école primaire le futur danseur classique Robert Quinault avec qui il se lie d’amitié et avec qui il aura l’occasion de travailler plus tard sur le plan artistique pour des décors de ballet. De corpulence athlétique, René Ranson pratique plusieurs sports dont la course et la bicyclette. En 1912 au 100 mètres il réalise un temps de 11 secondes.

René Ranson passe son enfance dans un milieu d'artisan inventif où le dessin et l'imagination tiennent une place importante.

Les années d’apprentissage

Après son « certificat d’études primaires élémentaires » (obtenu à l’âge de 14 ans), René Ranson travaille dans la boutique de son père qui rêve d’en faire un mécano. En attendant, il lui fait dessiner des roues et des cadres de bicyclettes à la fois pour ses créations et pour ses réclames. Toutefois, les parents prennent quand même soin d'envoyer à partir de 1905 leur fils se former à l’école professionnelle de dessin Bernard-Palissy [4] (19 rue des Petits-Hôtels Paris Xè) en cours du soir.

L’école se trouve à quelques encablures du domicile parental. La salle de travail est une grande salle avec un poële à charbon au centre, les chevalets et les tables à dessin trônent un peu partout, les travaux des élèves sont disposés en cimaise sur les murs. La salle dispose d'une mezzanine où se trouvent aussi de jeunes élèves. René Ranson évoquera tout au long de sa vie le plaisir qu'il a eu à suivre les enseignements des maîtres Joly et Lefebvre qui auront déterminé et orienté toute sa vie professionnelle en ayant su lui transmettre un éventail très large de techniques. Souvenirs de cette réussite pédagogique : les médailles obtenues dans cette école ne quittent plus son atelier où elles restent accrochées en permanence bien en évidence pour le visiteur, près d'une scène de théâtre qu'il a réalisé en modèle réduit (ce qui lui permet de faire des essais de rideaux de scène et de décors).

En 1906 pour sa deuxième année à l'école Bernard-Palissy, René Ranson reçoit un 2è prix de composition décorative. L'année suivante il est "2è accessit" [4è place, NDA].

Un client de son père, le chansonnier René le Gentil a la bonne idée de le recommander à l’illustrateur Charles Clérice par qui il est accueilli comme un fils. Pour la première fois il est encouragé à persévérer dans cette voie dont il veut faire son métier ; en effet toute la famille Clérice le soutient, le père, Charles (1865-1912), dessinateur, notamment pour La Semaine de Suzette, mais aussi son frère, Justin, et les deux fils. René Ranson l’appellera toute sa vie "le bon papa Clérice". Bien des années plus tard, Victor Clérice aura l’occasion de brosser le portrait de René Ranson, comme c’est la coutume, lors des repas de la société artistique et littéraire du Cornet[5].

Le goût et l'attrait de René Ranson pour le dessin se sont en effet manifestés très tôt. A 14 ans il peint sa première gouache, une scène des champs à la période des fenaisons où l’on voit un paysan affûter la lame de sa faux, des femmes ficeler des bottes, une autre donner le sein à l’ombre d’une meule de foin. On peut sans doute voir là un souvenir de vacances passées dans la campagne picarde. L’ensemble ne manque pas d’allure : le sens de la composition, les perspectives, le choix des couleurs, le talent est précoce.

A 14 ans il est dessinateur en broderie et dentelle rue Cadet ; à 15 il est restaurateur d’objets d’arts et de tableaux chez un antiquaire (de Beaumont, rue de La Boétie).

A 16 ans il entre à l’atelier Luceil avec Weiluc (pseudonyme de Lucien-Henri Weil, 1873-1947), Léon Henri Ruffe (1864-1927) peintre et graveur et Georges de Feure (1868-1943) dont il subira beaucoup l’influence par la suite. Il se lie d’amitié avec Édouard Chimot qu’il retrouvera pendant la Grande Guerre (Chimiot est lieutenant au 4è régiment de zouaves) où il l’aidera à tracer des cartes militaires au 5/1000. Pour l'heure à l'atelier Luceil, il se forme à l’art de l’affiche et des gravures.

Il passe ensuite chez Bati (bd Haussmann) pour dessiner et décorer des meubles.

René Ranson est élève à l’académie Julian pour le croquis, où il sympathise avec André Dignimont et à l’académie de peinture Humbert (bd de Clichy) où là il croise Georges Lepape[6].

Toutes ces expériences lui serviront car il est recruté pour s’occuper d’une partie de l’installation de l’hôtel particulier parisien (à la Muette) de l’artiste de music-hall Gaby Deslys en 1909.

Ces années de formation sont diverses et variées. René Ranson est précoce et avide de connaissances et de savoir-faire ; il dévoile des talents pour toutes les formes d’expression artistique sans exclusive. Malheureusement la Première Guerre mondiale va différer son entrée dans la vie artistique du pays et il n’aura de cesse, une fois celle-ci terminée, d’essayer de rattraper le temps perdu.

La mobilisation

Sorti du service militaire il n’a pas le temps de quitter son uniforme que déjà l’armée le réclame à nouveau. Il est mobilisé dès 1914 et incorporé au 32è régiment d’artillerie de campagne (32è RAC)[7] qui fait partie de la 38è division d’infanterie (38è DI), cantonné à Orléans (Loiret). Plus tard sur le front, ses talents de dessinateur sont vite repérés et il est ainsi chargé de pratiquer des relevés topographiques des lignes ennemies à partir de ses observations à l’aide de jumelles. Il trace ensuite les lignes de crêtes avec les cotes qui permettent de désigner les objectifs militaires à bombarder. L’artillerie allemande étant installée derrière ses lignes, les artilleurs français ont besoin de connaître avec beaucoup de précision les positions de leurs cibles pour ajuster les tirs et ne pas gaspiller les munitions. A cette fin des postes d’observation sont donc installés en première ligne.

C’est comme cela que René Ranson se retrouve aux avant-postes, comme "éclaireur observateur aux tranchées"[8] accompagné de deux téléphonistes qui transmettent les informations à l’arrière à l’aide d'un téléphone de campagne. Cela permet de diriger le tir d’une ou plusieurs batteries (une batterie = quatre canons de 75 mm). La petite troupe se déplace à cheval. De là date sans doute son inclination à dessiner et peindre les chevaux[9]. De tempérament bonhomme et jovial, René Ranson aime partager ses colis de ravitaillement avec ses camarades[10].

Sur une carte pour ses parents en date du 11 septembre 1917 il écrit : "Monte demain matin pour 4 jours aux tranchées, espère que cela se passera bien comme d’habitude. (…) Pour l’instant je ne vois pas grand-chose à vous dire si ce n’est de ne pas vous faire de mauvais sang."

Une carte de Soissons du 29 septembre 1917 expédiée à ses "chers parents" indique : "Il y a six jours en montant aux tranchées on était dans le bled près des premières lignes, nous avons été vu, et les Boches nous ont sonnés, un obus a éclaté à 2 mètres de moi et mon téléphoniste, seulement à plat ventre nous a séparé de la faucheuse (sic), mais on a fait vite, se relever et sauter dans le prochain boyau."

Les cartes de l’armée stipulent : "Cette carte doit être remise au vaguemestre. Elle ne doit porter aucune indication du lieu d’envoi ni aucun renseignement sur les opérations militaires passées ou futures. S’il en était autrement, elle ne serait pas transmise."

Une photo prise sur le vif le montre dans une tranchée avec cette légende manuscrite au dos : "Chemin des Dames. Ranson, maréchal des logis éclaireur observateur au 32è régiment d’artillerie avec ses téléphonistes dans la tranchée allemande de Bathemberg [au lieu de Battenberg, NDA] qu’on vient de prendre." Il s’agit de la bataille de l’Aisne (avril-juin 1917).

A la fin du conflit, devenu maréchal des logis il demande à être versé dans l’aviation militaire. C’est ainsi qu’il rejoint la base de l’école militaire d’aviation d’Istres dans les Bouches-du-Rhône qui vient d’ouvrir ses portes (mai 1917) où un piqué mal contrôlé à bord d’un biplan Nieuport 17 mettra fin à sa carrière de pilote le 2 mai 1918 à 9h45 à Miramas. Au dos d’une photo montrant l’avion planté dans le sol, on peut lire : "Le poilu le plus grand c'est le mécanicien qui m'a retiré le premier." Cet accident lui permettra néanmoins d'apprendre à dessiner de la main gauche.

Charleroi, la Marne, l’Yser, Craonne, Verdun valent à René Ranson la Croix de guerre 1914-1918.

La Première Guerre mondiale lui permet de participer au salon des armées et au salon des artistes anciens combattants organisés par le Journal des mutilés et combattants. Il dessine aussi le menu du banquet organisé par l'union des mutilés réformés et anciens combattants du département de l'Oise le 26 avril 1931 à Beauvais. Le dessin représente le ravitaillement d'un boyau, la légende indique : "A la soupe là dedans, préparez vos galtouzes."

Pour sa participation (dessins) aux journaux de tranchées l'Anti-Boche, la Chéchia, le Rire et la Baïonnette, René Ranson est membre de l'amicale des anciens journalistes du front (AJF).

Une autre illustration parait dans un quotidien à l'occasion de l'arbre de Noël des médaillés militaires au cirque Médrano le 22 janvier 1953. Elle représente trois poilus pensifs dans une tranchée avec pour légende : "Ils pensaient : que deviendront nos enfants ? Reviendrons-nous vivants ? Ceux qui auront la chance de rentrer sauront-ils nous remplacer auprès d'eux ? Grâce à vous, nous répondons : oui !"

Un menu du Cornet dédié à Antoine Grillet "son vieux pote de Verdun", créateur aux armées de La Madelon, contient le texte suivant : "Quand, Madelon, vient nous servir à boire... Ohé ! Les copains, au pinard la d'dans ! On va s'en mettre plein le Cornet !!!"

Le retour à Paris

René Ranson rejoint Paris et le giron familial avant de prendre assez rapidement un petit appartement au 14 rue Abel Paris XIIè, où il se marie en octobre 1918 avec sa marraine de guerre, une jeune femme originaire de Montluçon (Allier). Alice Bossaron travaillait jusque là chez un fabricant et vendeur de parapluie de Montluçon, la maison Fargeot-Astic et logeait à la sous-préfecture de la ville dans un logement de fonction occupé par ses parents.

De cette union naît en 1919 Michel Ranson. La petite famille trouve alors un logement plus adéquat au 142 rue de Picpus toujours dans le XIIè arrondissement de Paris. Ce choix du XIIè arrondissement, alors que les Ranson ont toujours habité et travaillé dans le nord ou l'est parisien reste un mystère (crise du logement ?), d’autant que le XIIè n’est pas réputé pour être un quartier d’artistes, contrairement à Montparnasse ou Montmartre et que tous les centres d’intérêt de René Ranson se trouvent concentrés à Montmartre. Cet éloignement géographique l’oblige donc à des déplacements professionnels quotidiens.

A cette époque il dessine essentiellement des couvertures et des illustrations de livres pour des collections populaires comme les éditions Ferenczi ou celles des Grands auteurs populaires[11] et débute des collaborations pour des revues comme Fantasio, revue satirique illustrée bimensuelle qui a cessé d’exister à la fin des années 1920. On y voit poindre un genre qu’il affectionnera tout particulièrement : une femme, un homme et une légende sous forme d’un court dialogue (une question, une réponse) qui donne un sens libertin à la situation. On peut dire que cette démarche est en phase avec "l'explosion érotique" qui caractérise les années 1920, pour reprendre l'expression de Jacques Sternberg dans son ouvrage consacré à Un siècle de pin up[12].

Il collabore comme dessinateur aux journaux humoristiques suivants : le Sourire, Le Journal amusant, Paris-Plaisirs, Sans-Gêne, Les Petits bonshommes, Dick Carter le roi des détectives, Les aventures de Dick Carter, Les vicieux de Paris (roman de mœurs hebdomadaire par Delphi-Fabrice), Frou-Frou, Le Supplément, La Vie parisienne, Le Miroir du monde, Les Coulisses des spectacles, Ici-Paris, Le Fou rire, Comoedia, Le Rire, le Petit Parisien, Le Journal, sans oublier les quotidiens.

Les affaires semblent aller bon train : sur une photo on le voit dans une Donnet 11 chevaux avec "Jojo mon chauffeur", nous sommes en 1923 à Vichy.

C'est d'ailleurs à partir de cette année-là qu'il se lance dans la réalisation de maquettes de costumes et de décors de théâtre, en pleine période Art déco et "années folles", grâce aux relations tissées au fil de ses diverses expériences professionnelles. Ces dernières lui permettent d'entrer en relation avec les grands couturiers de l'époque tels que Paul Poiret, Jean Patou, Maggy Rouff, Edward Molyneux, Marcelle Dormoy, Madeleine Vionnet.

Il profite, sans le savoir, de ce que Martin Battersby rappelle parfaitement : "Entre 1900 et 1940, il se produisit de grands changements dans la production théâtrale en France, et l'on verra grandir le rôle de l'artiste décorateur, qui de plus en plus, deviendra nécessaire à l'élaboration de l'atmosphère de fantaisie et de magie si importante au théâtre."[13]

Le commissaire de la République de Montmartre

René Ranson est membre fondateur de la République de Montmartre (RM) en 1921 dont il est membre du comité directeur en tant que "commissaire", du dispensaire des petits poulbots et fondateur de l'amicale de Montmartre et ses artistes (AMA, société d'entraide aux artistes domiciliée au 189 rue Ordener).

D'après un document de la RM de 1929, un bon de souscription pour le rituel arbre de Noël des petits poulbots, le comité directeur de la RM se compose ainsi :

  • président : J-L Forain
  • vice-présidents : Henri Avelot, Maurice Neumont, Poulbot
  • secrétaire général : Lucien Lecocq
  • trésorier : J. Berny
  • secrétaire du dispensaire : Géo Roux
  • trésoriers : Maurice Millière, Arthur Delcroix
  • commissaires : Goyer, Edouard Bernard, Cheval, Moriss, Gaston Trilleau, Ranson, Jules Houdy, Romain Delahalle

L'AMA est fondée le 1er mai 1933 par René Ranson. D'après ses statuts[14] elle a pour but :

  • de créer et resserrer les liens de camaraderie et de solidarité entre artistes, écrivains et amis des arts
  • de favoriser les arts sous toutes leurs formes en donnant à toute initiative artistique son appui moral et, dans la mesure de ses moyens, son appui matériel et financier
  • d'encourager l'aide mutuelle, matérielle et morale que se doivent apporter en toute circonstance les membres de l'amicale

L'idée-force est d'organiser un bal des "Pierrots de Montmartre" suivi d'une tombola, "imaginé par notre camarade Ranson, toujours à l'affût d'une bonne action à accomplir [pour] permettre de venir en aide à des artistes méritants, mais démunis des biens de ce monde", comme le rapporte Lucien Aressy, secrétaire général de l'AMA.

Tout au long des années 1920 les festivités organisées par les membres de la République de Montmartre battent leur plein : la course de la montée de la rue Lepic, le bal des gars de la narine pour la fête du nez (dont René Ranson a réalisé une affiche en 1932), le salon des humoristes, les défilés costumés sur le thème de l'Antiquité ou de la Révolution française, la "prise d'assaut de La Varenne"[15], le bal costumé et masqué des "Pierrots de Montmartre" (dont René Ranson a conçu une affiche en 1933), le dispensaire des petits poulbots. Au dos d'une photo du dispensaire René Ranson a écrit : "Ranson fut au comité fondateur de la République de Montmartre avec Maurice Neumont, Poulbot et Joë Bridge, et les chansonniers et artistes peintres en 1921 et fondateur du dispensaire des petits poulbots qu'il supprima en 1938 en versant ce qui restait en caisse aux orphelins des artistes."

En 1925 une photographie montre René Ranson et son épouse jouer dans Le Voleur de Bagdad pour le bal de l'Opéra de Paris. En effet René Ranson fait partie du comité des fêtes de France dont l'objectif est de relancer le goût des grandes fêtes auprès du public. A cette fin il en organise à l'hôtel Majestic de Nice et au bal de l'Opéra de Paris, comme Le voleur de Bagdad, le Bal des contes de fées (1924, Opéra de Paris), le Bal des rois en 1925 (auquel participent des amis de la RM de René Ranson [déguisé en pharaon, sa femme en Cléopâtre] Fontan, Maurice Neumont et Joë Hamman) et Toutankhamon.

Trois photos du journal Notre Montmartre (n°1, mars 1932) montrent René Ranson costumé à la mode de la Iè République (un bicorne, une redingote et une paire de bottes) en compagnie de la danseuse Rhana du Casino de Paris habillée en colonel et de Pierre Labric faisant face aux pompiers de Montmartre. Ces mêmes photos retrouvées dans les archives portent au dos la mention suivante :"Ranson commissaire de la place du Tertre de la commune libre du vieux Montmartre avec à côté de moi Pierre Labric le maire de la commune et son frère aviateur."

Parmi d'autres photos on peut voir les amis de la RM au moulin de la galette pour une fête des Fratellini (cirque), à une manifestation en vélo sur les Champs-Elysées, à un repas du Cornet avec Joë Hamman déguisé en indien. En fait les différents réseaux de sociabilité que sont la RM, les dessinateurs humoristes[16] et les membres du Cornet s'entrecroisent au gré des amitiés et des opportunités de chacun.

Il croise Jean-Gabriel Daragnès qui habite Montmartre depuis 1925.

L'homme de spectacle[17]

Toujours en 1929, René Ranson participe aux fêtes du 500e anniversaire de la chevauchée de Jeanne d'Arc (1429-1929). Il réalise notamment le programme et l'affiche officielle pour les cérémonies qui se déroulent au Grand Palais à Paris (fêtes du 12 et du 13 avril).

En 1933 la famille Ranson s'installe dans la cité d'artistes du 189 rue Ordener[18] Paris XVIIIe ; elle y occupe le studio n°23. Il s'agit d'un logement composé d'un grand atelier de près de 70 m², 5 mètres sous plafond avec un escalier menant aux chambres et à la salle d'eau. Son voisin de pallier est l'illustrateur de livres Louis Berthomme Saint-André. René Ranson va enfin pouvoir vivre pleinement sa passion montmartroise dans cette ruche d'artistes qu'est le « 189 ».

Dans les années 1930 René Ranson est souvent sollicité pour illustrer des publicités pour des cabarets-dancing : « Le Poulailler de Montmartre » dont la devise écrite par René Ranson claironne qu'« au Poulailler, on boit, on danse, on chante ! La tristesse est bannie, le cadre vous enchante. C'est la saine gaieté gauloise ! Dans la belle nuit montmartroise », ou pour des bars : « La Voile au Vent » (Paris XVIIIe avec René Torrente comme directeur), « l'Amiral », « le cabaret des Poulains », le « New-Monico », « le Viennois, « le Quadrille »...

Mais l'essentiel de ses talents de dessinateur de costumes, de décors et de rideaux de scène s'expriment pour le théâtre, l'opéra et le music-hall, en effet, rien de ce qui relève du « spectacle » ne lui est étranger.

On peut citer entre autres les pièces, les revues et les ballets suivants : Le Général Boulanger (pièce de Maurice Rostand jouée au théâtre de la Porte Saint-Martin) ; Charles Lindbergh de Sacha Guitry (600 maquettes de costumes que se partagent Capiello et Ranson) ; les costumes des hôtesses-placeuses du théâtre le Nov'Art ; le Misanthrope, Les Plaideurs, L'Amour médecin, La Folle de Broadway, Les Croisades, Les Marionnettes, Charleston (ballet de 1958), Le Peintre amoureux de la nature (ballet), Les Ombres (ballet), Les Notes de musique (ballet), De la Folie pure (revue), Les Chevaliers de la toison d’or (revue), Un Vent de Folie (revue de 1927 pour laquelle René Ranson réalise une des affiches du spectacle avec un dessin représentant Joséphine Baker[19]), La Grande Folie (hyper-revue de Louis Lemarchand aux Folies-Bergère, 1928)[20].

Parmi les spectacles joués au théâtre de l’Opéra-Comique de Paris, on compte Gargantua, l'Ecole des maris (livret de Jacques Laurent d'après Molière), Aphrodite et Cyrano de Bergerac (adaptation d'Henri Cain, avec Luccioni dans le rôle de Cyrano et Lilly Granval dans celui de Roxane)[21].

À l'exposition coloniale de 1931 il participe au spectacle l'Adieu des colonies de Fernand Rouvray (musée de l'outre-mer à Vincennes) dont, d'après la presse de l'époque, « le clou de ce spectacle est le Bateau de la Ville de Paris emportant toutes les capitales coloniales réalisé par Ranson ». À cette même exposition il reçoit un diplôme d'honneur pour un dessin dénommé Idylle à la Louisiane au XVIIIe siècle.

René Ranson n'oublie pas de travailler avec son ancien condisciple de l'école primaire, Robert Quinault, pour des ballets pour lesquels il dessine à la fois les décors et les costumes : l'Eveil des fleurs et Les Jouets (1934-1935) sur la scène du Rex. A propos des décors du ballet l'Eveil des fleurs, la presse est élogieuse : "Ces décors ont le don de créer une véritable atmosphère de féérie (...)."

Le 17 février 1935 le spectacle Gargantua mis en scène par Armory et Antoine Mariotte pour la partie musicale à l'Opéra-Comique de Paris connaît un vif succès. La presse ne tarit pas d'éloges notamment sur les costumes (104) dessinés par René Ranson :

« Les décors de Deshays et les costumes de Ranson sont hauts en couleurs et d'un goût fort plaisants. »

« C’est d’après les maquettes de Ranson que Mathieu et Soladgès[22] ont exécuté ces splendides costumes, et leur grand succès, bien mérité, mérite de vifs éloges. »

« L’ensemble des costumes de Gargantua est traité avec bonne humeur, avec grandiloquence, avec un souci d’exactitude expurgé de banale copie. »

« C'est à lui [René Ranson] que l'on doit ces ensembles hauts en couleur et les gracieuses toilettes de femmes telles que les décrivit Rabelais (...). »

Pour la petite histoire, le journal Comoedia (du 27 avril 1935) rapporte qu'une spectatrice anglaise a demandé, suite à la représentation, à une grande couturière de Paris « de faire dessiner les modèles de toilettes exposés pour elle par le dessinateur qui avait imaginé les toilettes des dames dans les scènes rabelaisiennes jouées à l'Opéra-Comique ! »

René Ranson travaille pour le costumier Max Weldy (costumier fournisseur attitré des Folies-Bergère) de 1923 à 1939[23] : une attestation de Max Weldy en date du 21 février 1963 précise que "René Ranson, artiste peintre, dessinateur, décorateur et maquettiste de costumes et décors pour le music-hall, le théâtre et le cinéma, a produit plusieurs milliers de maquettes de 1923 à 1939 pour la France et l'étranger, ainsi que pour les expositions internationales et les grandes fêtes nationales."[24]

René Ranson est membre de la société des artistes indépendants (fondée en 1884) dont le président est Maximilien Luce. Il ne reprendra sa carte de sociétaire qu'en 1947 sous la présidence d'Alexandre Urbain.

En 1937 René Ranson expose au salon d'automne et à celui de la société des artistes français (pavillon des salons sur l'esplanade des Invalides) où on lui décerne un diplôme avec la mention honorable. La même année le jury du 31è concours du salon des artistes français organisé par la société d'encouragement à l'art et à l'industrie lui décerne une plaquette de bronze. Toujours en 1937 à l'exposition internationale des arts et des techniques de Paris, il reçoit le diplôme de la médaille de bronze.

En 1938 il expose au XVè salon des Tuileries qui se tient au pavillon des arts graphiques et plastiques à Paris et en 1939 au XVIe salon des Tuileries qui a lieu au Palais de Chaillot.

Une coupure de presse conservée par René Ranson (peut-être découpée dans L'Intransigeant son quotidien habituel) indique à propos du 31e salon des humoristes qu'il y a en cette année 1938 beaucoup de défections, dues, d'après l'auteur, à « la difficulté des temps et à la [concurrence] de groupements d'artistes plus jeunes, comme Satire 38. » En tout cas René Ranson est présent.

Des projets de fresques murales pour les Gobelins sont finalisés, par exemple une peinture est intitulée L'Algérie et comporte une indication de taille : 3 x 5 m, une autre représentant des oiseaux et des échassiers aux couleurs très vives dans un paysage sylvestre donne 4 x 3 m. Mais le produit final ne sera pas livré, sans que l'on en connaisse la raison.

C'est sans doute pour la qualité des costumes dessinés pour le film Révolution d'Abel Gance en 1927 (sur écran triptyque) que, quelques années plus tard, René Ranson est sollicité par Pierre Aldebert, chargé de la mise en scène du spectacle de Paul Gsell, pour exécuter le même travail dans le cadre de la commémoration du cent-cinquantenaire de la Révolution française .

Pour ce spectacle commandé par la Ligue de l'enseignement à Paul Gsell, René Ranson réalise l'ensemble des 74 costumes, 76 accessoires (perruques, chapeaux, ...), 11 décors, 20 poupées aux costumes de l'époque et l'affiche officielle de la Ligue de l'enseignement[25] (qui ne doit pas être confondue avec celle de Bernard Naudin pour le ministère de l'Education nationale).

Sans risque de beaucoup se tromper on peut dire que l'année 1939 marque le point culminant de la réussite et de la reconnaissance de René Ranson. Mais les prémices du prochain conflit mondial viennent gâcher la fête, en effet le bateau chargé d'emporter les oeuvres que la France a choisi d'exposer à l'exposition internationale de New-York pour représenter le pays est selon toute vraisemblance saboté par les nazis et il emporte par le fond le précieux chargement, dont les tableaux de René Ranson.

La Deuxième Guerre mondiale

Après la débâcle militaire de l'armée française en juin 1940, les Français se ruent sur les routes en direction du Sud de la France. La famille Ranson quitte la rue Ordener pour se réfugier à Montluçon, ville où Alice Ranson a des attaches familiales. Le couple loue le premier étage de la villa "Les Charmettes" rue de Marignon. René Ranson ne remettra plus les pieds à Paris avant plusieurs années. Ce qui ne l'empêche pas de reprendre les pinceaux et de participer à la vie culturelle de Montluçon et à la Résistance. Un dessin au fusain-aquarelle commémorant le 11-Novembre 1940 est affiché dans la salle du banquet des anciens combattants de la ville de Montluçon.

Par exemple on trouve dans les archives familiales un programme pour une représentation donnée par Le Bel Accord, le cercle choral de la société Dunlop, au théâtre municipal de Montluçon le 27 mai 1941 au profit du Secours national ; la couverture est réalisée par René Ranson. Ainsi que six affiches pour la comédie de Théodore de Banville, Gringoire ; à chaque affiche correspond un personnage différent de la pièce. Elle a été jouée le 17 juillet 1942 au théâtre du casino par le cercle artistique Le Bel Accord au profit des prisonniers de guerre[26].

Comme en témoigne une attestation signée de René Ribière membre du comité directeur du Mouvement de libération nationale (MLN) pour le Centre, directeur du journal Centre Matin René Ranson a appartenu aux Mouvements Unis de Résistance (MUR) et à partir du 23 août 1944 il a été nommé commissaire à la presse et à la propagande du MUR pour le Centre. A cette occasion il réalise de nombreux dessins et affiches aussi bien pour la propagande que pour le journal L'espoir de Saint-Etienne dirigé par Jean Nocher et ceci jusqu'en 1946. Par exemple le texte de la chanson "La Résistance" édité par le MLN est illustré par René Ranson : on y voit un FFI le drapeau français dans une main, une carabine dans l'autre et en arrière-plan tous les drapeaux des pays alliés disposés en frise.

Le 14 juillet 1945 le MLN offre gratuitement à la population au théâtre municipal de Montluçon la revue intitulée Vive la liberté écrite par son décorateur, René Ranson.

L'après-guerre

A partir des années 1950, René Ranson ne retrouve ni l'atmosphère enjouée et débridée des "années folles", ni la sociabilité propre au village de Montmartre. Montmartre n'est plus "le nombril du monde. (...) le carillon toujours tintant de la joie universelle, sonnant l'adieu aux soucis et l'alleluia du plaisir " comme le donnait à lire Les Coulisses des spectacles[27] en 1930.

La Deuxième Guerre mondiale et ses conséquences provoquent ainsi une césure irréversible dans sa carrière d'artiste.

René Ranson retrouve néanmoins sa place à la société des dessinateurs humoristes (carte de sociétaire pour les années 1947 et 1948) et à celle des artistes indépendants (carte de sociétaire pour les années 1947, 1948 et 1949) mais les temps ont changé, les réseaux se sont défaits (Le Cornet est sur le déclin), la mode, les mentalités et les goûts du public ont évolué, la presse s’est restructurée, de nouvelles techniques de communication apparaissent, de jeunes artistes surgissent, l'influence culturelle et technique américaine progresse, bref il faut repenser les fondements de son activité pour se refaire un nom.

René Ranson s'essaye à la réclame et à la peinture abstraite mais le succès ne doit pas être au rendez-vous. C'est ce que laisse supposer la signature en 1948 d'un contrat qui l'oblige à partir quatre années au Liban où il se chargera de la décoration du palais de Diab. La chambre à coucher et le boudoir de Madame Diab sont dans le style Louis XV[28]. René Ranson est également chargé de dessiner le mobilier. Il met à profit sa présence à Beyrouth pour honorer d'autres commandes : la décoration des cinémas le Capitole et Amir et pour illustrer des journaux (La Revue du Liban). Pour le cinéma-théâtre le Capitole (inauguré en 1950) il s'agit de grands panneaux composant une fresque murale de 30 m², protégée par une glace, représentant les arts et les jeux des Romains. Mais il y a aussi des moulages de bas-reliefs sur la danse, la musique et le théâtre.

Pourtant René Darras signe un article intitulé "René Ranson a été une des grandes vedettes du Salon" dans lequel il dit : "Revenu du Moyen-Orient il y a quelques mois, le maître René Ranson n'a pas hésité une seconde a exposé quelques-unes de ses dernières oeuvres à notre Salon de Toiles. (...) Ces deux toiles exposées au Salon : La môme Picrate et Deux sous de violettes, furent d'ailleurs parmi celles qui remportèrent le plus de succès."

Du 19 mai au 15 juin 1954 il participe à une exposition consacrée au nu qui se déroule galerie Lebar, 3 bis rue Léon Jost Paris XVIIè. Cette exposition rassemble des œuvres de quatre-vingt artistes, certains très connus (Degas, Dufy, Gromaire, Picabia), d'autres moins (Boldini, Ganesco, Leprin, Zendel). Mais l'ensemble fait dire au critique Jean Mosellan "aujourd'hui donnons à Paul Lebar un satisfecit pour avoir bien choisi."

On trouve aussi dans les documents de René Ranson une carte de sociétaire perpétuel de l'Association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs (fondée en 1844 par le baron Taylor) datée de 1956.

En 1957, des clichés d'époque montrent que René Ranson est passé sur le plateau de Télé-Paris pour parler d'une exposition de ses tableaux.

Le 9 février 1970 une vente des œuvres de René Ranson a lieu à l'hôtel Drouot : 215 œuvres sont rassemblées et proposées aux enchères : une aquarelle de Mistinguett, des maquettes de décors et de rideaux de scène pour les Folies-Bergère, des dessins pour les spectacles suivants : Cyrano de Bergerac, Les Notes de musique, Les Marteaux, Les Ombres, Le Tour du monde en 80 jours, Travesti, Sainte-Geneviève, Drame sur une étagère, Cléopâtre (au Cosmos de Barcelone), Dans une rue de Whitechapel, Gargantua, La conversion de Figaro (de J-J Brousson et R. Escholier), Charles Lindbergh, sans oublier des contributions pour le cinéma : Les Surprises du sleeping (Fox-Europa), Le Congrès s'amuse, Ademaï au Moyen-Age, Le Golem (Stratri Prycovna filmen de Prague), Cléopâtre (Paramount, 1934).

Cette vente ne prétend pas à l'exhaustivité mais, au vu de son catalogue, elle reflète assez bien la diversité des thèmes traités, celle des techniques et des arts investis. En effet sur les 215 dessins, on comptabilise 144 gouaches, 38 aquarelles, 7 crayons et aquarelles, 7 plumes et aquarelles, 5 crayons, 5 aquarelles gouachées, 3 plumes et gouaches, 2 crayons et gouaches, 2 encres de Chine et aquarelles, 1 encre de Chine et gouache et 1 plume, crayon et aquarelle. L'enseignement dispensé à l'école professionnelle Bernard-Palissy a porté ses fruits.

D'autres spectacles auxquels il a pourtant collaboré ne sont pas cités à l'occasion de cette vente aux enchères, citons pour mémoire : l'Amour médecin (ballet), la Tosca, Faust, Britannicus, Hamlet, Macbeth, Manon Lescaut, Les Noces de Cana, Aphrodite, Pompée, Flora, Ah ! la belle bleue ! (revue de Valentin Tarault présentée au casino de Lyon) ...

René Ranson se révèle un artiste très productif[29], possédant plusieurs palettes à son arc, avec un imaginaire débordant. Faisant preuve d'une grande sociabilité, il vit avant tout pour le plaisir de créer.

En 1975 le jury de l'Académie internationale de Lutèce lors de son 7è grand concours international décerne à René Ranson un diplôme d'honneur hors concours pour les œuvres qu'il a présentées.

Le 2 juillet 1977 les lumières de Montmartre qu'il aimait tant s'éteignent définitivement pour René Ranson. Capable à la fois de s’intéresser au répertoire classique et à celui plus léger du music-hall, René Ranson a fait preuve tout au long de sa vie d’un grand éclectisme.

Ces renseignements biographiques (mémoire orale, archives familiales et recherches documentaires) ont été fournis par Michel Ranson son fils et Frédéric Ranson son petit-fils.

Notes et références

  1. Constantin Ranson apprend le métier de typographe à l'âge de 12 ans. A 15 il travaille à Paris où "la lecture des journaux et récits de voyages est peut-être la cause que j'eus de bonne heure l'idée fixe d'aller visiter ou de m'expatrier dans les contrées lointaines et tropicales". Il décide alors de s'engager dans l'artillerie de marine à 18 ans par esprit d'aventure afin de parcourir le vaste monde. Son voeu est exaucé l'année de son engagement car il embarque sur le Fontenoy et quitte le port de Lorient pour un périple qui l'emmènera jusqu'en Nouvelle-Calédonie et qui durera trois ans. Il en rapportera un mémoire intitulé Souvenirs du séjour en Nouvelle-Calédonie d'un jeune soldat.
  2. A la fin du XIXè siècle qu'un homme politique recrute un secrétaire dans la corporation des typographes n'est pas étonnant. En effet, à la fin de ce siècle, les typographes font partie de l'élite ouvrière, ils savent parfaitement lire et écrire à une époque où c'est loin d'être le cas pour la majorité de la population.
  3. Hormis cette adresse, des réclames de Constantin Ranson font apparaître trois autres adresses : 30 rue Condorcet Paris IXè, 23 rue Chaudron Paris Xè et 17 rue Clignancourt Paris XVIIIè.
  4. L’école Bernard-Palissy est destinée à préparer les ouvriers aux industries d’art. A la fin du XIXè siècle l’industrie et le commerce ont besoin d’une main-d’œuvre qualifiée. C’est pourquoi l’État et la Ville de Paris encouragent la création d’écoles professionnelles post-certificat d’études. A Paris, la première école professionnelle, Diderot, est créée en 1872, Bernard-Palissy en 1882, Boulle en 1886, Estienne en 1889. A Bernard-Palissy l'enseignement artistique est appliqué pratiquement à l’industrie dans les quatre ateliers suivants : céramique, fabrication, décoration (sculpture sur bois, marbre, pierre et ivoire), peinture décorative en tous genres (dessins pour étoffes, tissus et papiers peints). On y est admis après un examen, l’apprentissage dure quatre ans. En 1907 l’école compte 73 élèves. Après moult fusions entre différentes écoles du même genre, l’école Bernard-Palissy a pour lointaine descendante l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, ENSAAMA. Les informations concernant l'école Bernard-Palissy proviennent de l'ouvrage de Gustave Dupont-Ferrier, Les écoles, lycées, collèges, bibliothèques : l’enseignement public à Paris, Paris, 1913.
  5. Le Cornet est une société culturelle fondée en 1896 qui rassemble des notables, des hommes de lettres et des artistes aimant partager leurs connaissances et leur humour autour d'un bon repas suivi généralement d'un spectacle. Les menus de ces repas sont souvent illustrés par les artistes conviés. En 1930 René Ranson a dédicacé ainsi l'un des menus : "Le printemps chante Le joli mois de mai. Notre Gabaroche nous enchante De sa musique, c'est un fait. Au Cornet, ses amis le vantent Et tout est parfait" (il s'agit de Gaston GABAROCHE, compositeur de musique). Elle publie un bulletin mensuel Le Cornet. Son n°8 (mai 1934) nous apprend que le 309è dîner (avril 1934, moulin de la galette) de ladite société a été présidé par "notre camarade René Ranson, l'excellent peintre décorateur" [qui] "fut joyeux, original et montmartrois". Elle organise aussi des expositions des artistes de la société. On peut consulter la liste de ses membres sur le site suivant : Parisian Art Discovery. Voir aussi l'Annuaire de la société artistique et littéraire Le Cornet, 1896-1934 qui contient un bref historique, la chanson du Cornet, les statuts et la liste des membres ainsi que celle de la présidence des dîners, avec les dates et les lieux.
  6. Georges LEPAPE est un des précurseurs de la technique dite de la "ligne claire".
  7. L'histoire du 32è RAC entre 1914 et 1918 est racontée par son commandant JORDAN in Historique du 32è régiment d'artillerie de campagne, Berger-Levrault, Paris, 1920, 64 p.
  8. Il reçoit une citation à l’ordre de la division en 1916 : "Ranson, Gontran, René, matricule 4313. Brigadier éclaireur très courageux. S’est distingué, à maintes reprises, par son sang-froid dans un service très difficile d’observation de nuit. S’est particulièrement signalé le 25 octobre 1916, assurant son service sous un bombardement extrêmement violent."
  9. Dans les archives on trouve une "carte postale à l’usage du militaire" sur laquelle il a dessiné le portrait de son cheval !
  10. Sur une carte postale militaire du 30 mai 1915 adressée à son père, il écrit : "Si tu m’envoies des asperges, ça sera pour moi et mon cabot" (caporal, NDA).
  11. Pour les éditions populaires suivantes seules les couvertures ont été retrouvées. Aux éditions Ferenczi les couvertures sont signées « Ranson » avec le « s » penché :
    • Amour d'Islande par Jean d'Agrèves
    • Danaé par Guy de Téramond
    • Danaé haine et passion par Guy de Téramond
    • La belle Cynthia par Guy de Téramond
    • La belle Cynthia mère et fille par Guy de Téramond
    • La résurrection du bouif par G. de la Fouchardière
    • Le mystère des XV par Jean de La Hire
    • Le mystère des XV. Le triomphe de l'amour par Jean de La Hire
    • Les chevaliers de la blanche hermine par Emile Quintin
    • Lucifer par Jean de La Hire
    • Nyctalope contre Lucifer par Jean de La Hire
    • Possédées d'amour par Michel Morphy
    Aux éditions Les Grands auteurs populaires les couvertures sont signées des initiales « GR » :
    • Entre l'amour et la haine par Germaine Fasquel
    • Le joyau de la reine par Delphi-Fabrice
    • Le sorcier de la lande par Camille Mautan
    • Mimi par Paul Féval fils
    • Odette par Marcel Idiers
    • On meurt d'amour par Ferdinand Dumaine
    • Outragée ! par Paul Féval fils
    Pour les titres suivants pas de mention d'éditeur ni d'auteur (la signature = les initiales « GR ») :
    • Ali-baba et les 40 voleurs
    • La belle aux cheveux d'or
    • La biche au bois
    • La cigale et la fourmi
    • Le corbeau et le renard
    • Finette cendron
    • Gracieuse et Percinet
    • Sindbad le marin
    Aux éditions Mon livre favori (pas de signature) :
    • Fille de mendiante par J.A.St Valry
    • Pour un peu d'amour par L. Sollard
    • Quand l'amour parle par H. Pellier et J. Lorival
    Aux éditions Librairie des romans choisis dans la collection « Les contes merveilleux de nos enfants » (initiales « GR »)  :
    • Le chat botté (n°1)
    • Barbe-bleue (n°2)
    • Le nain jaune (n°3)
    • Peau d'âne (n°4)
    • La Belle au bois dormant (n°5)
    • Le petit chaperon rouge (n°6)
    • Le petit poucet (n°7)
    • Cendrillon (n°8)
    Aux éditions « collection gauloise » (deux romans amusants par mois) :
    • Les amours d'Andréa par Etienne Pastour (n°93), s.d.
    • Les folies amoureuses par Montlandon (n°94), s.d.
    Plus quelques divers :
    • Almanach de la garçonne, éditions Prisma, 1924, 1925, 1926
    • Almanach gaulois pour 1923
    • Buffalo et Sitting Bull
    • Comment se tirer les cartes soi-même par Mme Athéna
    • L'almanach de Madame Athéna : les graves évènements qui se produiront au cours de l'année 1923
    • La dernière clef des songes par Mme Athena : explications de tous les rêves, songes et visions (1922)
    • Les beaux romans sportifs : boxe, lutte, haltères
    • Les beaux romans sportifs : sur route, sur piste, derrière motos
    • Les maîtresses du pape par Léo Taxil (signé « SRanno »)
  12. Editions Planète, Paris, 1971.
  13. In Encyclopédie visuelle des arts décoratifs, Bordas, Paris, 1978, p.129.
  14. On trouve les statuts de l'AMA dans sa brochure intitulée Programme, Paris, 1933. La brochure se structure de la manière suivante : sur la page de gauche une publicité en relation avec le music-hall, sur celle de droite le dessin d'un dessinateur de la RM (Dignimont, Poulbot, Ranson ...).
  15. Cette animation consiste à se rendre dans la ville de La Varenne Saint-Hilaire (Val-de-Marne) en autocar pour y festoyer entre amis. Compte tenu de l'état d'esprit "républicain" des participants, le choix de cette ville est sans nul doute un clin d'oeil à l'épisode de la "fuite à Varennes" de Louis XVI en 1791.
  16. Le n°13 (1930) du bulletin trimestriel de la société des dessinateurs humoristes contient un dictionnaire des humoristes dans lequel on trouve une notice sur René Ranson.
  17. On peut lire sa notice dans le Dictionnaire des illustrateurs : 1905 – 1965 de Marcus Osterwalder, éd. Ides et Calendes, Neuchâtel (Suisse), 2005.
  18. Cité d'artistes de Montmartre : Montmartre-aux-Artistes
  19. On trouve sa reproduction dans le livre Les Folies-Bergère de Jacques Pessis et Jacques Crépineau, éd. Fixot, Paris, 1990, p.117.
  20. Depuis 1923 chaque revue des Folies-Bergère fait l'objet d'un "album" contenant une sélection des photos du spectacle :
    • En Pleine folie (1923)
    • Cœurs en folie (1924)
    • Un Soir de folie (1925)
    • La Folie du jour (1926)
    • Un Vent de folie (1927)
    • La Grande folie (1928)
    • De La folie pure (1929)
    Une autre série reposant sur le même principe s'intitule "Les albums souvenirs" mais s'intéresse à plusieurs music-halls à la fois : Folies-Bergère, Casino de Paris, Moulin Rouge, Palace, Concert Mayol, Ambassadeurs, Olympia, Empire, Alhambra, Bataclan, Cigale.
  21. Voir le livre de Nicole Wild et David Charlton, Théâtre de l'Opéra-Comique de Paris, éd. Mardaga, 2005, pp. 233 et 267.
  22. Mathieu et Soladgès sont costumiers pour les théâtres nationaux.
  23. En 1939 Max Weldy part aux États-Unis où il continue à travailler pour le music-hall jusqu'en 1970. On retrouve les maquettes rassemblées par Max Weldy dans le cadre de la collection Piollet.
  24. Une autre attestation signée d'Henri Mathieu (maison Mathieu et Soladgès) certifie que René Ranson a travaillé pour la maison Mathieu de 1928 à 1939.
  25. Pour en savoir plus sur le cent-cinquantenaire de la Révolution française, voir les publications de la Ligue française de l’enseignement de l’époque :
    • le scénario de Paul Gsell, avec mise en scène d’Aldebert, pour les fêtes théâtrales d’intérieur
    • le même mais adapté aux fêtes de plein air
    • un recueil de planches et d’indications pratiques, indispensables pour la confection des costumes, accessoires et décors
    • un recueil des Hymnes des fêtes de la Révolution française, choisis par Maurice Chevais (Hymne pour une fête de la jeunesse, Hymne à la Raison, Hymne à la Liberté, Bara et Viala, Hymne pour une fête de l'agriculture, Plantation de l'arbre de la liberté)
    • un album d’estampes et un livret historique, par A.-P. Mussat
    • des disques « scolaphone » édités par la Fédération des Œuvres laïques de Seine-et-Oise
    • une affiche signée "Ranson" reproduisant un drapeau tricolore de 1789 sur laquelle se détache un bonnet phrygien rouge entouré des feuilles vertes du laurier. A la base un bandeau laissé en blanc permet d'imprimer le lieu et la date de la fête locale.
  26. D'après ces archives, René Ranson a participé, entre 1941 et 1945, au théâtre de Montluçon, aux spectacles suivants : Les Femmes savantes, Mireille, l'Arlésienne et au théâtre de Néris-les-Bains pour la même période à Gringoire, l'Avare et A quoi rêvent les jeunes filles.
  27. N°88, 20 avril 1930.
  28. Dans l'article "Une heure avec le peintre Ranson" paru dans un journal libanais, le journaliste Jean Raymond parle ainsi de ce travail : "Toutes les maquettes, tous les cartons ont été esquissés par lui-même, depuis le dessin des dallages, le tracé des ferronneries d'art jusqu'aux toiles délicates qui ornent les appartements. Son inspiration néoclassique s'est pliée avec bonheur aux exigences des formes et des couleurs orientales."
  29. Jacques Pessis et Jacques Crépineau parlent "d'un catalogue de 18 000 maquettes de costumes, de 1 400 décors pour des théâtres. (...) Un extraordinaire créateur, de la lignée des plus grands héritiers de la tradition des Ballets Russes, que l'on redécouvre aujourd'hui."

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article René Gontran Ranson de Wikipédia en français (auteurs)

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